Concours d'accès à la formation doctorale 2022/2023 — Filière Mathématiques — Épreuve de spécialité (Coef 03) — Sujet 02 — 09 février 2023
التمرين 1
Interpolation dans les espaces Lᵖ et continuité d'une mesure
#espaces Lp#inégalité de Hölder#interpolation#théorie de la mesure
Soit (X,A,μ) un espace mesuré et f∈Lp1(μ)∩Lp2(μ) avec 1≤p1<p2<+∞.
1. Soit p∈[p1,p2] et θ∈[0,1] tel que p1=p1θ+p21−θ. Montrer que f∈Lp(μ) et que
∥f∥p≤∥f∥p1θ∥f∥p21−θ.
2. Montrer que l'application φ:p↦∫X∣f∣pdμ est continue sur [p1,p2].
3. Soit η une mesure (positive) sur les boréliens de ]0,+∞[ telle que η(]0,+∞[)>0. Montrer qu'il existe 0<a<b tels que η([a,b])>0.
◀الحل
1. Inégalité d'interpolation
Écrivons ∣f∣p=∣f∣pθ∣f∣p(1−θ) et appliquons l'inégalité de Hölder avec les exposants conjugués pθp1 et p(1−θ)p2 (leur somme d'inverses vaut p1pθ+p2p(1−θ)=p(p1θ+p21−θ)=1) :
∫X∣f∣pdμ≤(∫X∣f∣p1dμ)p1pθ(∫X∣f∣p2dμ)p2p(1−θ).
Le membre de droite est fini, donc f∈Lp(μ), et en élevant à la puissance 1/p :
∥f∥p≤∥f∥p1θ∥f∥p21−θ.
2. Continuité de φ
Soit pn→p dans [p1,p2]. Pour tout x, ∣f(x)∣pn→∣f(x)∣p, et l'on a la domination
∣f∣s≤∣f∣p1+∣f∣p2pour tout s∈[p1,p2]
(selon que ∣f∣≤1 ou ∣f∣>1). Comme ∣f∣p1+∣f∣p2∈L1(μ), le théorème de convergence dominée donne φ(pn)→φ(p). Donc φ est continue.
3. Continuité de la mesure
Les ensembles An=[n1,n] forment une suite croissante de réunion ⋃nAn=]0,+∞[. Par continuité croissante d'une mesure,
η(]0,+∞[)=limn→∞η([n1,n]).
Comme cette limite est >0, il existe n avec η([n1,n])>0 ; on prend a=n1 et b=n.
التمرين 2
Convergence dans D'(ℝ) et distribution définie par une série de masses de Dirac
#distributions#valeur principale#ordre d'une distribution#support
Partie A. Pour n≥1, on pose fn(x)=1+nx2nx.
1. Étudier la limite simple de (fn) sur R∗.
2. Montrer que (fn) converge dans D′(R) et identifier sa limite.
Partie B. On définit, pour φ∈D(R),
T(φ)=∑k=1∞k1(φ(k1)−φ(−k1)).
3. Montrer que T définit une distribution sur R et qu'elle est d'ordre 1.
4. Déterminer le support de T.
◀الحل
Partie A
1. Limite simple. Pour x=0, fn(x)=1+nx2nx=n1+x2x→x2x=x1. Donc fn→x1 simplement sur R∗ (et fn(0)=0).
2. Limite dans D′. Soit φ∈D(R). Comme fn est impaire,
⟨fn,φ⟩=∫R1+nx2nxφ(x)dx=∫R1+nx2nx2φ(x)−φ(−x)dx.
La fonction 2xφ(x)−φ(−x) est continue à support compact, 1+nx2nx2→1 et reste bornée par 1 ; par convergence dominée,
⟨fn,φ⟩→∫R2xφ(x)−φ(−x)dx=vp∫Rxφ(x)dx.
Ainsi fn→vpx1 dans D′(R).
Partie B
3. T est une distribution d'ordre 1. Soit φ∈D(R). Par l'inégalité des accroissements finis, ∣φ(k1)−φ(−k1)∣≤k2∥φ′∥∞, donc
k1(φ(k1)−φ(−k1))≤k3/22∥φ′∥∞.
Comme ∑k−3/2<∞, la série converge et ∣T(φ)∣≤C∥φ′∥∞≤C(∥φ∥∞+∥φ′∥∞) : T est continue, d'ordre ≤1.
Elle n'est pas d'ordre 0 : pour tout N, on peut construire φN∈D avec ∥φN∥∞≤1, φN(k1)=1 et φN(−k1)=−1 pour k≤N, ce qui donne T(φN)≥2∑k≤Nk1→+∞ alors que ∥φN∥∞ reste bornée. Aucune majoration ∣T(φ)∣≤C∥φ∥∞ n'est donc possible : T est exactement d'ordre 1.
4. Support.T agit uniquement via les valeurs de φ aux points ±k1 ; si φ s'annule au voisinage de tous ces points et de 0, alors T(φ)=0. Comme la suite (k1) s'accumule en 0,
suppT={0}∪{k1:k∈Z∗}.
التمرين 3
Équation autonome y'=(1-y)² : solutions, monotonie et intervalles maximaux
On considère l'équation différentielle (E):y′=(1−y)2.
1. Déterminer les solutions constantes de (E).
2. Étudier le sens de variation des solutions de (E).
3. Résoudre le problème de Cauchy y(0)=0 (avec 0<y<1) ; déterminer t→+∞limy(t) et l'intervalle maximal.
4. Résoudre (E) pour les conditions y(0)=0, y(0)=1 et y(0)=2, en précisant l'intervalle maximal d'existence.
5. Justifier l'unicité de la solution du problème de Cauchy.
◀الحل
1. Solutions constantes
y≡c est solution ssi (1−c)2=0, soit y≡1.
2. Sens de variation
Comme y′=(1−y)2≥0, toute solution est croissante ; elle est strictement croissante sauf la solution constante y≡1.
3. Problème y(0)=0
Pour y=1, l'équation est à variables séparables : (1−y)2dy=dt, d'où 1−y1=t+C. La condition y(0)=0 donne C=1, donc
1−y1=t+1⟹y(t)=t+1t.
On a 0<y<1 pour t>0, t→+∞limy(t)=1, et l'intervalle maximal (contenant 0) est ]−1,+∞[.
4. Autres conditions initiales
y(0)=0 :y(t)=t+1t, intervalle maximal ]−1,+∞[.
y(0)=1 :y≡1, intervalle maximal R.
y(0)=2 :1−y1=t+C avec C=1−21=−1, d'où y(t)=t−1t−2=1−t−11 ; y→+∞ quand t→1−, donc l'intervalle maximal (contenant 0) est ]−∞,1[.
5. Unicité
La fonction f(y)=(1−y)2 est de classe C1 sur R, donc localement lipschitzienne : le théorème de Cauchy–Lipschitz garantit l'existence et l'unicité de la solution maximale pour chaque condition initiale. En particulier, les solutions non constantes ne peuvent pas traverser la droite y=1.