Soit E un espace vectoriel normé réel, x1,…,xn∈E et c1,…,cn∈R. Montrer qu'il existe une forme linéaire continue f∈E′ telle que f(xi)=ci pour tout i∈{1,…,n} et ∥f∥≤ℓ si et seulement si
∑i=1nλici≤ℓ∑i=1nλixipour tous λ1,…,λn∈R.
Soit (Tn) une suite d'endomorphismes continus d'un espace de Banach E telle que, pour tout x∈E, la suite (Tnx) converge vers une limite notée T(x). En déduire que T est linéaire continu et que ∥T∥≤liminfn∥Tn∥.
◀الحل
1) Condition nécessaire et suffisante
(⇒) Si un tel f existe, alors pour tous scalaires
∑iλici=f(∑iλixi)≤∥f∥∑iλixi≤ℓ∑iλixi.
(⇐) Supposons l'inégalité. Sur F=vect(x1,…,xn) définissons g(∑λixi)=∑λici. L'inégalité garantit d'abord que g est bien définie (si ∑λixi=0 alors ∣∑λici∣≤ℓ⋅0=0), qu'elle est linéaire, et que ∣g(y)∣≤ℓ∥y∥ sur F, donc ∥g∥F′≤ℓ. Par Hahn-Banach, g se prolonge en f∈E′ avec ∥f∥≤ℓ et f(xi)=g(xi)=ci. ■
Continuité : pour chaque x, (Tnx) converge donc est bornée : supn∥Tnx∥<∞. Par le théorème de la borne uniforme (Banach-Steinhaus, E Banach), M:=supn∥Tn∥<∞.
Estimation de la norme : pour tout x et tout n, ∥Tnx∥≤∥Tn∥∥x∥. En passant à la limite inférieure,
∥Tx∥=limn∥Tnx∥=liminfn∥Tnx∥≤(liminfn∥Tn∥)∥x∥.
Donc T est continu et
∥T∥≤nliminf∥Tn∥.
التمرين 2
Ensemble d'égalité dans Cauchy-Schwarz pour un opérateur entre Hilbert
Soient E et F deux espaces de Hilbert réels et u:E→F une application linéaire continue non nulle. L'adjoint de u est noté u∗. On pose
ℓ(u)={x∈E:∥u(x)∥=∥u∥∥x∥}.
Montrer que ℓ(u) est fermé dans E.
On pose v=∥u∥2IdE−u∗u:E→E. Montrer que v est auto-adjoint et positif.
Montrer que ℓ(u)=ker(v).
Montrer que ℓ(u) est orthogonal au noyau de u.
Montrer que l'image par u de ℓ(u) est contenue dans ℓ(u∗).
◀الحل
1) Fermeture
L'application x↦∥u(x)∥−∥u∥∥x∥ est continue (composition de u continue et de normes). ℓ(u) est l'image réciproque de {0} par cette fonction continue, donc fermé.
2) v auto-adjoint et positif
v∗=∥u∥2Id−(u∗u)∗=∥u∥2Id−u∗u=v, donc auto-adjoint. Pour x∈E :
⟨vx,x⟩=∥u∥2∥x∥2−⟨u∗ux,x⟩=∥u∥2∥x∥2−∥ux∥2≥0,
car ∥ux∥≤∥u∥∥x∥. Donc v est positif.
3) ℓ(u)=kerv
De l'égalité précédente, ⟨vx,x⟩=∥u∥2∥x∥2−∥ux∥2. Comme v≥0 est auto-adjoint,
vx=0⟺⟨vx,x⟩=0⟺∥ux∥=∥u∥∥x∥⟺x∈ℓ(u).
(L'implication ⟨vx,x⟩=0⇒vx=0 vient de v=w∗w avec... plus simplement : v positif auto-adjoint admet une racine v1/2, et ⟨vx,x⟩=∥v1/2x∥2=0⇒v1/2x=0⇒vx=0.) Donc ℓ(u)=kerv, qui est en particulier un sous-espace fermé.
4) ℓ(u)⊥keru
Soit x∈ℓ(u) et z∈keru. Comme ℓ(u)=kerv est un sous-espace, pour tout t : x+tz... utilisons plutôt : x∈kerv signifie u∗ux=∥u∥2x. Alors
⟨x,z⟩=∥u∥21⟨u∗ux,z⟩=∥u∥21⟨ux,uz⟩=0(car uz=0).
Donc ℓ(u)⊥keru.
5) u(ℓ(u))⊂ℓ(u∗)
Rappelons ∥u∗∥=∥u∥. Soit x∈ℓ(u), i.e. u∗ux=∥u∥2x et ∥ux∥=∥u∥∥x∥. Posons y=ux. Alors
u∗y=u∗ux=∥u∥2x⇒∥u∗y∥=∥u∥2∥x∥=∥u∥∥ux∥=∥u∥∥y∥=∥u∗∥∥y∥.
Donc y=ux∈ℓ(u∗), c'est-à-dire u(ℓ(u))⊂ℓ(u∗).
التمرين 3
Bases biorthogonales et perturbation de Paley-Wiener d'une base hilbertienne
Soient deux suites (fn)n∈N et (gn)n∈N d'un espace de Hilbert H vérifiant ⟨fn,gm⟩=0 pour n=m et ⟨fn,gn⟩=1. On suppose que ces deux suites sont complètes dans H (le sous-espace engendré par les fn, ainsi que celui engendré par les gn, est dense dans H).
Supposons que pour f∈H la série ∑n⟨f,gn⟩fn est convergente. Montrer qu'alors f=∑n⟨f,gn⟩fn.
Soient (φn)n∈N une base hilbertienne de H et (fn)n∈N une suite de H telle qu'il existe θ∈[0,1[ pour lequel
∑nan(φn−fn)2≤θ2∑n∣an∣2
pour toute suite (an) de scalaires à support fini. Montrer que :
(a) pour tout f∈H, la série ∑n⟨f,φn⟩(φn−fn) est convergente ;
(b) sa somme Kf vérifie ∥Kf∥≤θ∥f∥ ;
(c) K:H→H est linéaire continu de norme ≤θ, et son adjoint K∗ est de norme ≤θ.
Soit l'opérateur T=Id−K, inversible, d'inverse T−1=∑n≥0Kn=Id+K+K2+⋯. Pour tous f,g∈H, montrer que
(1−θ)∥f∥≤∥Tf∥≤(1+θ)∥f∥,(1−θ)∥T−1g∥≤∥g∥≤(1+θ)∥T−1g∥.
◀الحل
1) Reconstruction biorthogonale
Supposons S:=∑n⟨f,gn⟩fn convergente. Pour tout m, par continuité du produit scalaire et biorthogonalité ⟨fn,gm⟩=δnm :
⟨S,gm⟩=∑n⟨f,gn⟩⟨fn,gm⟩=⟨f,gm⟩.
Donc ⟨f−S,gm⟩=0 pour tout m. Comme (gm) est complète (totale) dans H, cela impose f−S=0, soit
f=n∑⟨f,gn⟩fn.
2)(a)(b) Convergence et estimation
Pour f∈H, posons an=⟨f,φn⟩ ; par Parseval ∑n∣an∣2=∥f∥2<∞. Pour une somme partielle finie J, l'hypothèse donne
∑n∈Jan(φn−fn)2≤θ2∑n∈J∣an∣2.
Le critère de Cauchy pour ∑an(φn−fn) se ramène à celui de ∑∣an∣2, qui converge : la série ∑n⟨f,φn⟩(φn−fn)converge dans H. En passant à la limite,
∥Kf∥2=∑nan(φn−fn)2≤θ2∑n∣an∣2=θ2∥f∥2,
d'où ∥Kf∥≤θ∥f∥.
2)(c) K continu, ∥K∥≤θ, ∥K∗∥≤θ
K est linéaire (linéarité de f↦⟨f,φn⟩) et ∥Kf∥≤θ∥f∥ donne ∥K∥≤θ<1. Enfin ∥K∗∥=∥K∥≤θ (l'adjoint d'un opérateur borné a même norme).
3) Encadrement de T=Id−K et de T−1
Comme ∥K∥≤θ<1, la série de Neumann∑n≥0Kn converge et T=Id−K est inversible, T−1=∑n≥0Kn.
Encadrement de Tf : par inégalité triangulaire inverse,
∥Tf∥=∥f−Kf∥⇒∥f∥−∥Kf∥≤∥Tf∥≤∥f∥+∥Kf∥,
et comme ∥Kf∥≤θ∥f∥ :
(1−θ)∥f∥≤∥Tf∥≤(1+θ)∥f∥.
Encadrement de T−1 : en appliquant l'encadrement précédent à f=T−1g (donc Tf=g) :
(1−θ)∥T−1g∥≤∥g∥≤(1+θ)∥T−1g∥.
Cela montre que (fn)=(Tφn) est une base de Riesz de H (théorème de stabilité de Paley-Wiener).