Concours d'accès à la formation de troisième cycle (Doctorat LMD) — Épreuve Générale (2018)
التمرين 1
Calcul de l'intégrale de Dirichlet $\int_0^{+\infty}\frac{\sin t}{t}\,dt$ par une intégrale à paramètre
#intégrale à paramètre#intégrale de Dirichlet#dérivation sous le signe intégral#transformée de Laplace
On définit, pour a≥0,
I(a)=∫0+∞e−attsintdt.
Montrer que I(a) est bien définie pour tout a≥0 (on justifiera en particulier la convergence de l'intégrale impropre pour a=0).
Montrer que I est de classe C1 sur ]0,+∞[ et que
I′(a)=−1+a21.
En déduire qu'il existe une constante C telle que I(a)=C−arctan(a) pour a>0, puis calculer C en étudiant la limite de I(a) quand a→+∞.
En admettant que I est continue en 0, en déduire que
∫0+∞tsintdt=2π.
Remarque : L'intégrale de Dirichlet ∫0∞tsintdt=π/2 est un grand classique des intégrales à paramètre ; elle est semi-convergente (convergente mais pas absolument convergente), ce qui justifie le passage par une régularisation exponentielle e−at.
◀الحل
1. Bonne définition de I(a)
Cas a>0 : pour t>0, e−attsint≤e−at (car ∣sint∣≤t au voisinage de 0, et ∣sint/t∣≤1 partout), et t↦e−at est intégrable sur [0,+∞) (intégrale de Gauss/exponentielle classique, ∫0∞e−atdt=1/a<∞). Au voisinage de t=0, tsint→1, donc l'intégrande se prolonge continûment. Par comparaison, I(a) converge absolument pour a>0.
Cas a=0 :I(0)=∫0+∞tsintdt. Près de 0, l'intégrande est bornée (prolongement continu en 1), donc pas de problème en 0. En +∞, on utilise une intégration par parties : pour 0<A<B,
∫ABtsintdt=[−tcost]AB−∫ABt2costdt,
et t2cost≤t21 qui est intégrable en +∞, et tcost→0. Donc le critère de Cauchy est satisfait : l'intégrale impropre I(0)converge (mais pas absolument).
2. Dérivabilité de I sur ]0,+∞[
Soit a0>0 fixé. Sur [a0,+∞[, la dérivée partielle par rapport à a de f(a,t)=e−atsint/t est
∂a∂f(a,t)=−e−atsint,
et −e−atsint≤e−a0t, fonction indépendante de a et intégrable sur [0,+∞). Par le théorème de dérivation sous le signe intégral (domination locale, uniforme sur [a0,+∞[ pour tout a0>0), I est de classe C1 sur ]0,+∞[ et
I′(a)=−∫0+∞e−atsintdt.
Calculons cette dernière intégrale (transformée de Laplace de sin) par deux intégrations par parties, ou en la reconnaissant comme partie imaginaire de ∫0∞e−(a−i)tdt=a−i1=a2+1a+i :
∫0+∞e−atsintdt=Im(a−i1)=a2+11.
Donc
I′(a)=−1+a21,a>0.
3. Expression de I(a) et calcul de C
Comme I′(a)=−1+a21=−(arctan)′(a), on a I(a)=−arctan(a)+C pour une constante C∈R (car ]0,+∞[ est un intervalle), soit I(a)=C−arctan(a).
Limite en +∞ : pour a>0, ∣I(a)∣=∫0∞e−attsintdt≤∫0∞e−atdt=a1a→∞0. Donc I(a)→0 quand a→+∞.
Or C−arctan(a)→C−2π quand a→+∞ (car arctan(a)→π/2). Par unicité de la limite :
C−2π=0⟹C=2π.
Donc I(a)=2π−arctan(a) pour tout a>0.
4. Valeur de l'intégrale de Dirichlet
En admettant la continuité de I en 0 (qui découle d'un théorème de convergence uniforme à la Abel : e−at est monotone bornée uniformément en t et ∫0+∞sint/tdt converge, donc I(a)→I(0) quand a→0+), on obtient en faisant a→0+ dans l'expression I(a)=2π−arctan(a) :
I(0)=2π−arctan(0)=2π−0=2π.
Donc
∫0+∞tsintdt=2π.
التمرين 2
Intégrabilité de la fonction radiale $\|X\|^{-p}\mathbf 1_{B(0,1)}$ sur $\mathbb{R}^n$ : calcul par deux méthodes
#intégrales multiples#coordonnées sphériques#fonction de répartition#fonctions radiales#mesure de Lebesgue
Soit n≥1 un entier et p>0 un réel. On définit sur Rn∖{0} la fonction radiale
h(X)=∥X∥−p1B(0,1)(X),
où B(0,1)={X∈Rn:∥X∥<1} est la boule unité euclidienne et ∥⋅∥ la norme euclidienne. On note ωn−1 l'aire de la sphère unité Sn−1={X∈Rn:∥X∥=1} et Vn=nωn−1 le volume de B(0,1).
(Méthode 1 : coordonnées sphériques.) En utilisant le passage en coordonnées sphériques dX=rn−1drdσ(u) (r=∥X∥, u∈Sn−1), montrer que
∫Rnh(X)dX=ωn−1∫01rn−1−pdr,
et en déduire que cette intégrale converge si et seulement si p<n, avec dans ce cas
∫Rnh(X)dX=n−pωn−1.
(Méthode 2 : fonction de répartition / formule de la couche.) En utilisant la formule
∫Rnh(X)dX=∫0+∞λ({X:h(X)>t})dt
(où λ est la mesure de Lebesgue sur Rn), retrouver, pour p<n, la valeur de ∫Rnh(X)dX, et vérifier qu'elle coïncide avec celle de la question 1.
Remarque : Cet exercice illustre deux techniques complémentaires et fondamentales pour intégrer des fonctions radiales : le passage en coordonnées sphériques (géométrique) et la formule de la couche via la fonction de répartition (mesure-théorique), utilisée notamment en théorie de l'intégration et en probabilités (calcul d'espérances via E[X]=∫0∞P(X>t)dt).
◀الحل
1. Méthode des coordonnées sphériques
En coordonnées sphériques X=ru avec r=∥X∥∈[0,1) (car X∈B(0,1)) et u∈Sn−1, l'élément de volume s'écrit dX=rn−1drdσ(u), où dσ est la mesure de surface sur Sn−1 (de masse totale ωn−1). Comme h(X)=∥X∥−p=r−p ne dépend que de r :
∫Rnh(X)dX=∫Sn−1∫01r−prn−1drdσ(u)=(∫Sn−1dσ(u))∫01rn−1−pdr=ωn−1∫01rn−1−pdr.
L'intégrale de Riemann ∫01rn−1−pdr (éventuellement impropre en 0 si n−1−p<0) converge si et seulement si l'exposant n−1−p>−1, c'est-à-dire p<n, et vaut alors
∫01rn−1−pdr=[n−prn−p]01=n−p1.
Donc, pour p<n :
∫Rnh(X)dX=n−pωn−1.
Pour p≥n, l'intégrale diverge.
2. Méthode de la fonction de répartition (formule de la couche / «layer-cake»)
Pour t>0, l'ensemble de sur-niveau est
{X:h(X)>t}={X∈B(0,1):∥X∥−p>t}={X∈B(0,1):∥X∥<t−1/p}=B(0,1)∩B(0,t−1/p).
Si 0<t≤1 : alors t−1/p≥1, donc B(0,t−1/p)⊃B(0,1), et l'intersection vaut B(0,1), de mesure λ(B(0,1))=Vn.
Si t>1 : alors t−1/p<1, donc l'intersection vaut B(0,t−1/p), de mesure λ(B(0,t−1/p))=Vn(t−1/p)n=Vnt−n/p.
Donc
∫Rnh(X)dX=∫01Vndt+∫1+∞Vnt−n/pdt=Vn[1+∫1+∞t−n/pdt].
L'intégrale ∫1+∞t−n/pdt converge si et seulement si n/p>1, c'est-à-dire p<n (même condition qu'à la question 1), et vaut alors
∫1+∞t−n/pdt=[1−n/pt1−n/p]1+∞=n/p−11=n−pp.
Donc, pour p<n :
∫Rnh(X)dX=Vn[1+n−pp]=Vn⋅n−pn−p+p=Vn⋅n−pn.
Vérification de la coïncidence : comme Vn=nωn−1 (le volume de la boule s'obtient en intégrant l'aire des sphères : Vn=ωn−1∫01rn−1dr=ωn−1/n), on a
Vn⋅n−pn=nωn−1⋅n−pn=n−pωn−1,
ce qui coïncide exactement avec le résultat de la question 1 :
∫Rnh(X)dX=n−pωn−1(p<n).
التمرين 3
Espace de Hilbert des polynômes de degré $\le2$ : orthogonalisation de Gram-Schmidt et meilleure approximation quadratique
#espace de Hilbert#polynômes orthogonaux#procédé de Gram-Schmidt#projection orthogonale#meilleure approximation
Soit H=R2[X] l'espace vectoriel des fonctions polynômiales réelles de degré ≤2, muni du produit scalaire
⟨P,Q⟩=∫−11P(t)Q(t)dt.
Montrer que (H,⟨⋅,⋅⟩) est un espace de Hilbert (préciser pourquoi la complétude est automatique ici).
Appliquer le procédé d'orthogonalisation de Gram-Schmidt à la base canonique (1,X,X2) pour obtenir une base orthogonale (Q0,Q1,Q2) de H, puis donner la base orthonormée associée (e0,e1,e2).
Soit f(t)=t3 (vue comme élément de L2([−1,1]), non un élément de H). Déterminer le polynôme p∗∈H qui minimise ∥f−p∥2 parmi tous les p∈H (meilleure approximation quadratique), et calculer la distance minimale ∥f−p∗∥2.
Remarque : Les polynômes Q0,Q1,Q2 obtenus sont proportionnels aux trois premiers polynômes de Legendre, qui forment la base orthogonale naturelle de L2([−1,1]) associée au poids constant w≡1 ; ce type de construction se généralise à d'autres poids (Chebyshev, Hermite, Laguerre) selon l'intervalle et la pondération considérés.
◀الحل
1. (H,⟨⋅,⋅⟩) est un espace de Hilbert
⟨⋅,⋅⟩ est bien un produit scalaire sur H=R2[X] : bilinéaire, symétrique, et défini positif car si ⟨P,P⟩=∫−11P(t)2dt=0 avec P continue, alors P≡0 sur [−1,1], donc P=0 comme polynôme (un polynôme nul sur un intervalle est le polynôme nul).
H=R2[X] est un espace vectoriel de dimension finie (dimH=3). Or tout espace vectoriel normé de dimension finie est complet (toutes les normes sont équivalentes en dimension finie, et (R3,∥⋅∥2) est complet). Donc (H,⟨⋅,⋅⟩) est complet, et étant préhilbertien complet, c'est un espace de Hilbert.
2. Orthogonalisation de Gram-Schmidt
Étape 0 :Q0=1. On a ⟨Q0,Q0⟩=∫−11dt=2.
Étape 1 :⟨X,Q0⟩=∫−11tdt=0 (fonction impaire sur intervalle symétrique), donc
Q1=X−⟨Q0,Q0⟩⟨X,Q0⟩Q0=X.⟨Q1,Q1⟩=∫−11t2dt=32.
Étape 2 :⟨X2,Q0⟩=∫−11t2dt=32 et ⟨X2,Q1⟩=∫−11t3dt=0 (impaire). Donc
Q2=X2−22/3Q0−2/30Q1=X2−31.⟨Q2,Q2⟩=∫−11(t2−31)2dt=∫−11(t4−32t2+91)dt=52−94+92=52−92=4518−10=458.
On obtient donc la base orthogonale
Q0=1,Q1=X,Q2=X2−31
(proportionnels aux polynômes de Legendre P0,P1,P2), et la base orthonormée associée
e0=∥Q0∥Q0=21,e1=∥Q1∥Q1=23X,e2=∥Q2∥Q2=845(X2−31).
3. Meilleure approximation quadratique de f(t)=t3
La meilleure approximation de f dans le sous-espace de dimension finie H (fermé car de dimension finie) est donnée par la projection orthogonalep∗=PH(f)=i=0∑2⟨Qi,Qi⟩⟨f,Qi⟩Qi (formule via la base orthogonale).
Donc seul le terme en Q1 subsiste :
p∗=⟨Q1,Q1⟩⟨f,Q1⟩Q1=2/32/5X=53X.p∗(t)=53t.
Distance minimale. Par le théorème de Pythagore (puisque f−p∗⊥H) :
∥f−p∗∥22=∥f∥22−∥p∗∥22.
On calcule ∥f∥22=∫−11t6dt=72, et ∥p∗∥22=(53)2⟨Q1,Q1⟩=259⋅32=7518=256.
Donc
∥f−p∗∥22=72−256=17550−42=1758,
soit
∥f−p∗∥2=1758=5722=35214.