Concours d'accès à la formation de 3ème cycle LMD 2020/2021, Domaine Mathématiques-Informatique, Filière Mathématiques, Épreuve de spécialité : Probabilités et Statistiques, Université Aboubekr Belkaïd – Tlemcen, Faculté des Sciences – Tidjani Haddam, durée 2h00, le samedi 06 mars 2021.
التمرين 1
Problème 1 — Troncature, inégalité de Kolmogorov et loi forte de Marcinkiewicz
Soient X={Xn,n≥1} et Y={Yn,n≥1} deux suites de variables aléatoires définies sur un même espace de probabilité complet (Ω,F,P). On note {an,n≥1} une suite croissante de nombres réels strictement positifs avec limn→∞an=+∞. E(X) désigne l'espérance mathématique de X et 1(A) la fonction indicatrice de l'événement A. Pour n≥1, on pose
Soit f une fonction réelle borélienne et impaire. Montrer que si U est une v.a.r. symétrique (U et −U ont même loi), alors V:=f(U) est aussi une v.a.r. symétrique.
Montrer que si ∑k≥1P(Xk=Xk)<∞ et limn→∞anSn=0 p.s., alors limn→∞an1∑k=1nXk=0 p.s.
Deuxième partie.
Montrer que si X={Xn,n≥1} est une suite de v.a.r. indépendantes avec Xn∈L2 et E(Xn)=0 pour n≥1, alors
∑n≥1E(Xn2)<∞⟹{Sn,n≥1}converge dans L2et p.s.
Troisième partie.
On suppose à présent que X={Xn,n≥1} est une suite de v.a.r. indépendantes, symétriques et identiquement distribuées, et qu'il existe C>0 et n0≥1 tels que
∀n≥n0,∑k=n∞ak21≤an2Cn.
Montrer que si ∑k≥1P(∣X1∣>ak)<∞, alors {∑k=1nakXk,n≥1} converge p.s.
En déduire que si 21<α<1, alors nαSn→0 p.s. ⟺∑k≥1P(∣X1∣>kα)<∞.
Montrer que cette dernière équivalence ne peut pas être vraie pour α=21.
Rappels.
Inégalité de Kolmogorov : soit X={Xn} une suite de v.a.r. indépendantes avec Xn∈L2 et E(Xn)=0. Alors pour tout ε>0 et tout n≥1,
P(max1≤k≤n∑j=1kXj>ε)≤ε21∑j=1nE(Xj2).
Lemme de Kronecker : soient {xn} et {bn} deux suites réelles avec 0<bn↑∞. Alors
∑k≥1bkxk<∞⟹limn→∞bn1∑k=1nxk=0.
◀الحل
1.
Comme f est impaire, f(−u)=−f(u) pour tout u. Pour tout borélien B, en utilisant que U et −U ont même loi :
Comme ∑k≥1P(Xk=Xk)<∞, le premier lemme de Borel-Cantelli donne P(Xk=Xki.s.)=0. Donc, presque sûrement, il existe un rang (aléatoire) N=N(ω) tel que Xk=Xk pour tout k>N. Pour n>N,
∑k=1nXk−Sn=∑k=1N(Xk−Xk)=:R(ω),
quantité finie et indépendante de n. Par conséquent
an1∑k=1nXk=anR(ω)+anSnn→∞0+0=0p.s.,
car R(ω) est fixé, an→+∞ et Sn/an→0 p.s. par hypothèse.
n→∞liman1k=1∑nXk=0p.s.
3.
Indépendance et espérance nulle entraînent l'orthogonalité dans L2 : pour m<n,
E[(Sn−Sm)2]=E[(∑k=m+1nXk)2]=∑k=m+1nE(Xk2),
les termes croisés étant nuls (E[XiXj]=E[Xi]E[Xj]=0 pour i=j). Comme ∑kE(Xk2)<∞, le reste tend vers 0, donc {Sn} est de Cauchy dans L2 ; cet espace étant complet, Sn converge dans L2.
Pour la convergence presque sûre, on applique l'inégalité de Kolmogorov aux variables {Xj}j>m : pour tout ε>0,
Posons Mm=supk,l≥m∣Sk−Sl∣, suite décroissante en m, de limite M. Comme Mm≤2supk≥m∣Sk−Sm∣, on a P(Mm>2ε)≤rm/ε2→0, d'où M=0 p.s. : la suite {Sn} est p.s. de Cauchy, donc converge p.s.
n≥1∑E(Xn2)<∞⟹Snconverge dans L2et p.s.
4.
On a Xk=fk(Xk) avec fk(x)=x1(∣x∣≤ak), fonction impaire. Les Xk étant symétriques (question 1), Xk est symétrique ; bornée (∣Xk∣≤ak) donc intégrable, une variable symétrique intégrable vérifie E(Xk)=0. De plus les Xk sont indépendantes et dans L2. Posons Zk=akXk ; alors E(Zk)=0 et, par la question 3, ∑kZk converge p.s. dès que ∑kE(Zk2)<∞.
Or E(Zk2)=ak21E[X121(∣X1∣≤ak)] (les Xk sont identiquement distribuées). Par le théorème de Tonelli,
∑k≥1E(Zk2)=E[X12∑k:ak≥∣X1∣ak21].
Pour x=∣X1∣, notons ν(x)=min{k≥1:ak≥x}. Alors ∑k:ak≥xak−2=∑k≥ν(x)ak−2. En séparant x≤an0−1 (où X12 est bornée et ∑kak−2<∞) et x tel que ν(x)≥n0, la condition donnée fournit
On prend an=nα avec 21<α<1. Comme 2α>1, ∑k≥nk−2α∼2α−1n1−2α, donc il existe C>0 avec ∑k≥nak−2≤Cn1−2α=Cn/an2 : la condition de la troisième partie est satisfaite.
(⟸) Supposons ∑kP(∣X1∣>kα)<∞. Les Xk étant i.i.d., ∑kP(∣Xk∣>ak)=∑kP(∣X1∣>kα)<∞, donc ∑kP(Xk=Xk)<∞ et, par Borel-Cantelli, Xk=Xk à partir d'un certain rang p.s. Par la question 4, ∑kXk/ak converge p.s. ; le lemme de Kronecker (avec bn=an=nα↑∞) donne
nα1∑k=1nXk→0p.s.
Puisque Xk=Xk à partir d'un certain rang, Sn−∑k=1nXk est finalement constant, donc (Sn−∑kXk)/nα→0, et finalement Sn/nα→0 p.s.
(⟹) Supposons Sn/nα→0 p.s. Alors
nαXn=nαSn−(nn−1)α(n−1)αSn−1→0p.s.,
donc P(∣Xn∣>nαi.s.)=0. Les événements {∣Xn∣>nα} étant indépendants, le second lemme de Borel-Cantelli impose ∑nP(∣Xn∣>nα)<∞, soit, par équidistribution, ∑nP(∣X1∣>nα)<∞.
21<α<1:nαSn→0p.s.⟺k≥1∑P(∣X1∣>kα)<∞.
6.
Pour α=21, la condition de la troisième partie tombe en défaut : ∑k≥nak−2=∑k≥nk1=+∞ (série harmonique), donc la méthode précédente ne s'applique plus. On construit un contre-exemple : soit (Xn) i.i.d. de Rademacher, P(X1=1)=P(X1=−1)=21 (symétriques, E(X1)=0, Var(X1)=1). Alors
∑k≥1P(∣X1∣>k)=0<∞(car ∣X1∣=1≤k∀k≥1),
donc le membre de droite est satisfait. Pourtant, par le théorème central limite nSnLN(0,1) (loi non dégénérée), et par la loi du logarithme itéré limsupnn∣Sn∣=+∞ p.s., de sorte que Sn/n→0 p.s. Le membre de gauche est donc faux.
Pour α=21,le membre de droite peut eˆtre vrai sans que Sn/n→0:l’eˊquivalence est fausse.
التمرين 2
Problème 2 — Chaîne de Markov à 4 états : irréductibilité, loi stationnaire, temps de retour et période
Soit X=(Xn,n∈N) une chaîne de Markov à valeurs dans F={1,2,3,4} de matrice de transition
P=511530005154520515152000.
La chaîne est-elle irréductible ?
Déterminer les états récurrents et les états transients.
Déterminer les lois stationnaires.
Pour x∈F on note Tx=inf{n≥1:Xn=x} le temps de retour à x. Calculer Ex[Tx].
Calculer la période de chaque état.
◀الحل
1.
Les transitions possibles sont : 1→{1,3,4}, 2→{1}, 3→{1,2,3}, 4→{2,3}. On vérifie que tous les états communiquent :
1→3→2→1,1→4→2,2→1,3→1.
Depuis n'importe quel état on atteint 1, et depuis 1 on atteint 3, 4 (puis 2). Tous les états forment une seule classe de communication :
la chaıˆne est irreˊductible.
2.
L'espace d'états F est fini et la chaîne est irréductible : tous les états appartiennent à une unique classe finie et fermée, donc sont récurrents (récurrents positifs).
Les eˊtats 1,2,3,4sont tous reˊcurrents positifs ; aucun eˊtat n’est transient.
3.
On cherche π=(π1,π2,π3,π4) vérifiant πP=π et ∑iπi=1. En colonnes :
De la dernière équation π4=52π1. La troisième donne 54π3=52π1+51π4=2512π1, soit π3=53π1. La deuxième donne π2=51π3+54π4=253π1+258π1=2511π1. La normalisation
π1(1+2511+53+52)=π1⋅2561=1⟹π1=6125.
D'où l'unique loi stationnaire (la chaîne est irréductible) :
π=(6125,6111,6115,6110).
4.
La chaîne étant irréductible récurrente positive, le temps moyen de retour à un état est l'inverse de sa probabilité stationnaire : Ex[Tx]=πx1. Donc
Come P11=51>0, l'état 1 admet un retour en une étape, donc sa période vaut gcd{n≥1:P11n>0}=1. La chaîne étant irréductible, tous les états ont la même période :
chaque eˊtat est de peˊriode 1:la chaıˆne est apeˊriodique (donc ergodique).