Concours d'accès à la formation de 3ème cycle LMD 2022/2023, Domaine Mathématiques et Informatique (MI), Filière Mathématiques, Épreuve de Spécialité : Mathématiques et Applications (durée 2h), Faculté des Sciences, Université Abou Bekr Belkaïd – Tlemcen, le samedi 11 février 2023.
التمرين 1
Partie 1 — Estimation non paramétrique dans un modèle multiplicatif Y_i = rho(X_i) epsilon_i
où ρ est la fonction à estimer. Les (εi)1≤i≤n sont i.i.d. centrées de variance commune égale à 1. Les (Xi)1≤i≤n sont i.i.d. de densité commune f et de fonction de répartition F supposée bijective. De plus les (Xi) et les (εi) sont indépendantes. On dispose d'un échantillon d'observations (Xi,Yi)1≤i≤n. On se propose d'estimer la fonction ρ2 en posant ρ2=ℓ∘F où ∘ désigne la composition des fonctions. Pour cela on définit l'estimateur
ℓh(x)=nh1∑i=1nYi2K(hF(Xi)−x),
où K est un noyau.
Montrer que si ρ2 est bornée par une constante M, μ4:=E[ε14]<∞, et ∫K2(u)du<∞, alors pour tout x∈R, Var(ℓh(x))≤nhC1, où C1 est une constante strictement positive que l'on précisera.
Calculer E[ℓh(x)] en fonction de ℓ, K et h.
On suppose que la fonction ℓ est trois fois continument dérivable, de dérivée troisième bornée, et que le noyau K est d'ordre 2 à support [−1,1], tel que ∫−11∣u3∣∣K(u)∣du<∞. Montrer que pour tout h∈]0,21[ et tout x∈[h,1−h], ∣Biais(x,h)∣≤C2hβ, en précisant C2 et β.
En déduire une majoration du risque quadratique ponctuel E[(ℓh(x)−ℓ(x))2].
Proposer un choix optimal de la fenêtre h et en déduire une vitesse de convergence.
En déduire un estimateur ρh2 de ρ2 si F est connue.
En général, F est inconnue. Proposer une solution pour obtenir tout de même un estimateur de ρ2 par cette méthode.
Rappel.K est dit noyau d'ordre p si pour tout i∈{0,1,…,p} la fonction u↦uiK(u) est intégrable, avec ∫K(u)du=1 et ∫uiK(u)du=0 pour i∈{1,…,p}.
◀الحل
On note d'abord que E[Yi2∣Xi]=ρ2(Xi)E[εi2]=ρ2(Xi) et E[Yi4∣Xi]=ρ4(Xi)μ4, car εi⊥Xi, E[εi2]=1.
Si F est inconnue, on la remplace par la fonction de répartition empirique Fn(x)=n1∑j=1n1{Xj≤x} (qui converge uniformément vers F par Glivenko-Cantelli). On obtient l'estimateur fondé sur les rangs, Fn(Xi)=Ri/n où Ri est le rang de Xi :
ρh2(t)=nh1i=1∑nYi2K(hFn(Xi)−Fn(t)).
التمرين 2
Partie 2 — Opérateur intégral à noyau min(x,t) : norme, adjoint, compacité, spectre
Soit H=L2([0,1],R) l'espace de Hilbert des fonctions de carré intégrable. On considère l'opérateur T:H⟶H défini par
(Tf)(x)=∫01min(x,t)f(t)dt.
Montrer que T∈L(H) et calculer sa norme.
Déterminer l'adjoint de T.
Montrer que l'opérateur T est compact.
Déterminer le spectre de T.
En déduire le rayon spectral de T.
◀الحل
Le noyau k(x,t)=min(x,t) est continu, borné et symétrique sur [0,1]2.
1. et 2.
Comme k∈L2([0,1]2), T est un opérateur de Hilbert-Schmidt, donc borné : T∈L(H). Le noyau étant réel et symétrique (min(x,t)=min(t,x)), T est auto-adjoint :
T∗=T.
Pour la norme, cherchons les valeurs propres. En écrivant (Tf)(x)=∫0xtf(t)dt+x∫x1f(t)dt, on dérive
(Tf)′(x)=∫x1f(t)dt,(Tf)′′(x)=−f(x).
Si Tf=λf avec λ=0, alors λf′′=−f, avec les conditions (Tf)(0)=0⇒f(0)=0 et (Tf)′(1)=0⇒f′(1)=0. En posant λ=1/ω2, f(x)=Asin(ωx) et f′(1)=0⇒cosω=0⇒ωk=2(2k−1)π, k≥1. D'où
λk=(2k−1)2π24,fk(x)=sin(2(2k−1)πx).
Toutes les valeurs propres sont >0 ; T étant auto-adjoint positif, ∥T∥=λ1 (la plus grande) :
∥T∥=λ1=π24.
3.
Le noyau k étant continu sur le compact [0,1]2, il est de carré intégrable : T est de Hilbert-Schmidt, donc compact.
4.
T compact auto-adjoint : son spectre est formé de ses valeurs propres et de 0 (seul point d'accumulation). T étant injectif, 0 n'est pas valeur propre mais appartient au spectre :
σ(T)={0}∪{(2k−1)2π24:k≥1}.
5.
T auto-adjoint ⇒ rayon spectral =∥T∥ :
r(T)=π24.
التمرين 3
Partie 3 — Espaces L^p(R^N) : appartenance, complétude, inégalité d'interpolation
1. On suppose 1≤p<∞ et, pour α,β>0, on considère les deux fonctions sur RN
fα(x)=(1+∣x∣2)α1,gβ(x)=∣x∣β1e−∣x∣2/4.
(i) Pour quelle valeur de α la fonction fα appartient-elle à Lp(RN) ?
(ii) Pour quelle valeur de β la fonction gβ appartient-elle à Lp(RN) ?
(iii) Soit 1≤q<p<∞. En utilisant (i) et (ii), trouver une fonction f qui appartient à Lq(RN) mais pas à Lp(RN), et une fonction g qui appartient à Lp(RN) mais pas à Lq(RN).
2. Soit 1≤q<p<∞. Montrer que l'espace Lp(RN)∩Lq(RN) est un espace de Banach pour la norme ∥⋅∥p,q=∥⋅∥p+∥⋅∥q.
3. Soit r>1 tel que q<r<p. Montrer que si f∈Lp(RN)∩Lq(RN), alors
∥f∥r≤∥f∥pa∥f∥q1−a,ouˋr1=pa+q1−a,a∈[0,1].
En déduire que si (fn)n converge vers f dans Lp∩Lq, alors (fn)n converge vers f dans Lr(RN).
◀الحل
1. (i)
∣fα∣p=(1+∣x∣2)−αp. En coordonnées polaires, l'intégrale ∫RN(1+∣x∣2)−αpdx se comporte comme ∫∞rN−1r−2αpdr à l'infini, qui converge ssi 2αp−(N−1)>1, i.e.
fα∈Lp(RN)⟺α>2pN.
1. (ii)
∣gβ∣p=∣x∣−βpe−p∣x∣2/4. Le facteur gaussien assure la convergence à l'infini ; près de 0, ∫∣x∣≤1∣x∣−βpdx converge ssi βp<N, i.e.
gβ∈Lp(RN)⟺β<pN.
1. (iii)
Comme q<p, on a pN<qN et 2pN<2qN.
f∈Lq∖Lp (singularité en 0) : prendre gβ avec β=pN. Alors β<qN (donc ∈Lq) et β≥pN (donc ∈/Lp) : f(x)=∣x∣−N/pe−∣x∣2/4.
g∈Lp∖Lq (queue lourde) : prendre fα avec α=2qN. Alors α>2pN (donc ∈Lp) et α=2qN (donc ∈/Lq) : g(x)=(1+∣x∣2)−N/(2q).
2.
∥⋅∥p,q=∥⋅∥p+∥⋅∥q est bien une norme (somme de deux normes). Montrons la complétude. Soit (fn) de Cauchy pour ∥⋅∥p,q ; alors (fn) est de Cauchy dans Lp et dans Lq. Par complétude de ces espaces, fn→f dans Lp et fn→f~ dans Lq. Chaque convergence fournit une sous-suite convergeant presque partout, donc f=f~ p.p. Ainsi f∈Lp∩Lq et ∥fn−f∥p,q=∥fn−f∥p+∥fn−f∥q→0. L'espace est complet, donc de Banach.
3.
Écrivons r=ra+r(1−a), d'où ∣f∣r=∣f∣ra∣f∣r(1−a). On applique l'inégalité de Hölder avec les exposants conjugués P=rap et P′=r(1−a)q : en effet P1+P′1=pra+qr(1−a)=r(pa+q1−a)=r⋅r1=1. Alors