Concours d'accès en 3ème cycle Doctorat LMD (2022/2023) — Épreuve 2 : Espaces de Sobolev et méthode des éléments finis — Variante 2 — 28 janvier 2023
التمرين 1
QCM : appartenance à des espaces de Sobolev et régularité elliptique
#espaces de Sobolev#QCM#régularité elliptique#injections de Sobolev
Trouver la bonne réponse et justifier votre choix. Pour chaque question il y a une seule réponse vraie.
Q1. Pour quelles valeurs de p la fonction u:]−1,1[→R, définie par u(x)=∣x∣, est-elle dans W1,p(]−1,1[) ?
(a) seulement pour p=1 ; (b) seulement pour p=1 et p=2 ; (c) pour tout p∈[1,∞[ ; (d) pour tout p∈[1,∞] ; (e) aucun des cas précédents.
Q2. Soient n∈N et B={x∈Rn:∣x∣<21}. Considérons la fonction uα(x)=ln∣x∣α (α∈R). Quel est l'ensemble An={α∈Rdeˊpendant de n:uα∈W1,∞(B)} ?
(a) A1={0},A2=]−∞,21[,An=R si n≥3 ; (b) A1=R,A2=]−∞,21[,An={0} si n≥3 ; (c) An=]−∞,2n[,∀n ; (d) An=]−∞,0],∀n∈N ; (e) An={0},∀n∈N.
Q3. Soit B la boule unité de R4 et f∈Hm(B). Soit u la solution faible du problème : u∈H01(B), −Δu=f dans B. Quelle est la valeur minimale de m∈N qui garantit que u soit une solution classique dans C2(B) ?
(a) m=1 ; (b) m=2 ; (c) m=3 ; (d) m=4 ; (e) aucun des cas précédents.
◀الحل
Q1 — Réponse (d)
u(x)=∣x∣ est lipschitzienne sur ]−1,1[, de dérivée faible u′(x)=sgn(x) qui vérifie ∣u′∣≤1. Ainsi u∈L∞ et u′∈L∞⊂Lp pour tout p sur l'intervalle borné ]−1,1[. Donc u∈W1,p(]−1,1[)pour tout p∈[1,∞] : réponse (d).
Q2 — Réponse (d)
Écrivons r=∣x∣ et uα=∣lnr∣α=(−lnr)α près de 0 (où lnr<0). Quand r→0+, −lnr→+∞, donc :
si α>0, uα(x)→+∞ : uα∈/L∞(B) ;
si α≤0, uα est bornée au voisinage de 0 (et continue ailleurs), donc uα∈L∞(B).
La contrainte d'appartenance à W1,∞(B) est donc gouvernée par la bornitude, qui impose α≤0, et ce indépendamment de la dimension n. D'où An=]−∞,0] pour tout n : réponse (d).
Q3 — Réponse (c)
Par régularité elliptique, −Δu=f avec f∈Hm(B) (et ∂B régulier) donne u∈Hm+2(B). L'injection de Sobolev Hs(B)↪C2(B) dans Rn (n=4) est valable dès que
s>2+2n=2+2=4,
donc pour s≥5 (plus petit entier >4). Avec s=m+2, il faut m+2≥5, soit
mmin=3.
Réponse (c). (Le cas limite s=4 ne suffit pas : H4 ne s'injecte pas dans C2 en dimension 4.)
التمرين 2
Formulation mixte d'un problème piézoélectrique et éléments finis
#formulation mixte#théorème de Brezzi#relèvement#éléments finis#estimation d'erreur
On considère le problème aux limites suivant :
⎩⎨⎧−ρω2u−cu′′−eϕ′′=0−eu′′+εϕ′′=0ϕ(0)=0,ϕ(L)=−2,(cu′+eϕ′)(0)=0,(cu′+eϕ′)(L)=0,dans (0,L),dans (0,L),(1)
où L>0,ρ>0,c>0,0<ε<1,e∈R et ω∈C.
1. Trouver un relèvement ϕ~∈H01(0,L) de ϕ (i.e. ϕ~=ϕ−αx−β avec ϕ(0)=ϕ(L)=0).
2. Reformuler le problème (1) sous la forme variationnelle : trouver (u,ϕ~)∈H1(0,L)×H01(0,L) tel que a(u,v)+b(v,ϕ~)=F(v)∀v∈H1(0,L) et b(u,ψ)−d(ϕ~,ψ)=0∀ψ∈H01(0,L), avec des formes bilinéaires a,b,d et une forme linéaire F que l'on précisera.
3. (i) Que signifie l'existence de solutions non triviales du problème variationnel avec F=0 ? (ii) Pour F=0 et ω∈{L2πρcˉn∣n∈N} où cˉ:=c+εe2, trouver des solutions non triviales.
4. On suppose ω=2i. Montrer que le problème variationnel est bien posé.
5. Soient Vh⊂H1(0,L) et Mh⊂H01(0,L) de dimension finie. Montrer que le problème discret associé est bien posé et donner une estimation d'erreur entre (uh,ϕ~h) et (u,ϕ~) pour la norme ∥⋅∥H1(0,L)×H01(0,L).
◀الحل
1. Relèvement
On cherche une fonction affine g(x)=αx+β ayant la trace de ϕ : g(0)=β=0 et g(L)=αL=−2, soit α=−L2. Donc
g(x)=−L2x,ϕ~:=ϕ−g∈H01(0,L).
On pose désormais ϕ=ϕ~+g, avec g′=−L2.
2. Formulation variationnelle mixte
Équation 1. On multiplie par v∈H1(0,L) et on intègre ; l'intégration par parties de −cu′′−eϕ′′ fait apparaître le terme de bord −[(cu′+eϕ′)v]0L=0 (conditions naturelles). Il reste, avec ϕ=ϕ~+g :
a(u,v)c∫0Lu′v′−ρω2∫0Luv+b(v,ϕ~)e∫0Lϕ~′v′=F(v)−e∫0Lg′v′.
Comme g′=−L2, F(v)=L2e∫0Lv′=L2e(v(L)−v(0)).
Équation 2. On multiplie par ψ∈H01(0,L) ; les termes de bord s'annulent (ψ∈H01) et ∫0Lg′ψ′=−L2(ψ(L)−ψ(0))=0. Il reste
b(u,ψ)e∫0Lu′ψ′−d(ϕ~,ψ)ε∫0Lϕ~′ψ′=0.
Donc
a(u,v)=c∫u′v′−ρω2∫uv,b(v,χ)=e∫χ′v′,d(χ,ψ)=ε∫χ′ψ′,F(v)=L2e(v(L)−v(0)).
3. Solutions non triviales (résonances)
(i) Avec F=0, l'existence de solutions non triviales signifie que ω2 est une valeur propre du problème : ce sont les pulsations propres (fréquences de résonance) où l'opérateur n'est pas injectif.
(ii) La deuxième équation donne (au sens faible) εϕ~′′=eu′′, soit ϕ~=εeu+affine ; en reportant ϕ′′=εeu′′ dans la première équation :
−ρω2u−(c+εe2)u′′=0⟺cˉu′′+ρω2u=0,cˉ=c+εe2.
Avec les conditions de type Neumann u′(0)=u′(L)=0, les solutions non nulles sont
un(x)=cos(L2πnx),cˉρω2=(L2πn)2,
c'est-à-dire exactement ω=L2πρcˉn, avec ϕ~n=εe(un−un) ajusté pour être dans H01. Ce sont les modes propres cherchés.
4. Cas ω=2i : caractère bien posé
Alors ω2=−2 et a(u,v)=c∫u′v′+2ρ∫uv. Cette forme est coercive sur H1(0,L) :
a(u,u)=c∥u′∥L22+2ρ∥u∥L22≥min(c,2ρ)∥u∥H12.
De plus d est coercive sur H01 : d(ψ,ψ)=ε∥ψ′∥L22≥C∥ψ∥H012 (Poincaré), et b est continue. On élimine ϕ~ grâce à d (inversible) : ϕ~=D−1Bu, et le problème réduit sur u, de forme a(u,v)+b(v,D−1Bu) avec a coercive et le terme additionnel positif (e2∫∣Πu′∣2/ε≥0), est coercif continu. Par Lax-Milgram (ou le théorème de Brezzi pour la structure de point-selle avec a coercive et d coercive), le problème admet une unique solution dépendant continment des données : il est bien posé.
5. Problème discret et estimation d'erreur
Comme Vh⊂H1 et Mh⊂H01 sont de dimension finie et que la coercivité de a et d est héritée sur les sous-espaces (elle est valable sur tout H1, resp. H01), le problème discret (3) vérifie les mêmes hypothèses de Brezzi/Lax-Milgram : il est bien posé (existence, unicité, stabilité). Par le lemme de Céa (version mixte coercive), on a l'estimation quasi-optimale
(u,ϕ~)−(uh,ϕ~h)H1×H01≤Cinf(vh,ψh)∈Vh×Mh(u,ϕ~)−(vh,ψh)H1×H01,
où C ne dépend que des constantes de continuité et de coercivité. Avec des éléments finis Pk sur un maillage de pas h et une solution (u,ϕ~)∈Hk+1×Hk+1, l'estimation d'interpolation donne
(u,ϕ~)−(uh,ϕ~h)H1×H01≤Chk(∥u∥Hk+1+∥ϕ~∥Hk+1).