Soit E=C([0,1],R) muni de la norme ∥⋅∥∞. On définit
F={f∈C1([0,1]):f(0)=0},
muni de la norme ∥⋅∥∞.
(opérateur de Volterra) On considère T:E→F défini par Tf(x)=∫0xf(t)dt. Montrer que T est une application linéaire continue de (E,∥⋅∥∞) vers (F,∥⋅∥∞). Calculer sa norme ∥T∥L(E,F).
On définit l'opérateur linéaire S:F→E par g↦Sg=g′.
a. Montrer que S n'est pas borné.
b. En déduire que l'espace F n'est pas un espace de Banach.
c. Conclure que l'espace C1([0,1]) muni de la norme ∥⋅∥∞ n'est pas un espace de Banach.
◀الحل
1.
Linéarité. Évidente par linéarité de l'intégrale. De plus (Tf)(0)=0 et Tf est C1 (primitive d'une fonction continue), donc Tf∈F.
Continuité. Pour tout x∈[0,1],
∣Tf(x)∣=∫0xf(t)dt≤∫0x∣f(t)∣dt≤x∥f∥∞≤∥f∥∞.
Donc ∥Tf∥∞≤∥f∥∞, ce qui prouve que T est continue avec ∥T∥≤1.
Calcul de la norme. Prenons f≡1 : ∥f∥∞=1 et Tf(x)=x, donc ∥Tf∥∞=1. Ainsi ∥T∥≥1.
∥T∥L(E,F)=1
a.
Considérons gn(x)=n1sin(nx). On a gn∈C1([0,1]) et gn(0)=0, donc gn∈F. De plus
∥gn∥∞=n1supx∈[0,1]∣sin(nx)∣=n1n→∞0(n≥2),
tandis que Sgn=gn′=cos(nx) vérifie ∥Sgn∥∞=1. Par conséquent
∥gn∥∞∥Sgn∥∞=nn→∞+∞,
donc S n'est pas borné.
Sn’est pas borneˊ.
b.
Remarquons que T:E→F est une bijection linéaire continue, d'inverse S. En effet, pour g∈F, T(g′)(x)=∫0xg′(t)dt=g(x)−g(0)=g(x), donc T∘S=idF ; et S∘T=idE car (Tf)′=f. Ainsi S=T−1.
Supposons par l'absurde que F soit un espace de Banach. Comme E=C([0,1]) est complet, T serait une bijection linéaire continue entre deux espaces de Banach ; par le théorème de l'application ouverte (théorème de l'inverse borné), T−1=S serait continue. Ceci contredit le point a.
Fn’est pas un espace de Banach.
c.
L'application φ:(C1([0,1]),∥⋅∥∞)→R,φ(f)=f(0) est linéaire et continue (car ∣f(0)∣≤∥f∥∞), donc F=kerφ est un sous-espace fermé de C1([0,1]) pour ∥⋅∥∞.
Si (C1([0,1]),∥⋅∥∞) était complet, son sous-espace fermé F le serait aussi, contredisant le point b.
Soient X,Y deux espaces normés et L:X→Y un opérateur linéaire. Montrer l'équivalence suivante :
a. Le graphe Gr(L) de L est fermé.
b. Si (xn)n est une suite de X telle que xn→0 et (Lxn)n converge vers y, alors limn→∞Lxn=0 (i.e. y=0).
Soit H un espace de Hilbert et T:H→H un opérateur linéaire symétrique, c'est-à-dire ⟨Tx,y⟩=⟨x,Ty⟩ pour tous x,y∈H. Montrer que T est continu.
Soient X,Y,Z des espaces de Banach. Supposons que S:X→Y est linéaire, que J:Y→Z est linéaire, borné et injectif, et que JS=J∘S:X→Z est borné. Montrer que S est encore borné.
◀الحل
1.
(a) ⇒ (b). Supposons Gr(L) fermé. Si xn→0 et Lxn→y, alors (xn,Lxn)→(0,y) dans X×Y. Comme (xn,Lxn)∈Gr(L) et que celui-ci est fermé, (0,y)∈Gr(L), donc y=L(0)=0.
(b) ⇒ (a). Soit (xn,Lxn)→(x,y), i.e. xn→x et Lxn→y. Posons zn=xn−x→0 ; par linéarité Lzn=Lxn−Lx→y−Lx. D'après (b), y−Lx=0, donc y=Lx et (x,y)∈Gr(L). Le graphe est fermé.
(a)⟺(b)
2.
H étant un espace de Hilbert, il est complet ; on utilise le théorème du graphe fermé. Montrons que Gr(T) est fermé. Soit xn→x et Txn→y. Pour tout z∈H, par symétrie,
⟨y,z⟩=limn⟨Txn,z⟩=limn⟨xn,Tz⟩=⟨x,Tz⟩=⟨Tx,z⟩.
Donc ⟨y−Tx,z⟩=0 pour tout z∈H, d'où y=Tx. Le graphe est fermé, et X=Y=H étant complets, le théorème du graphe fermé donne la continuité de T.
Test continu (borneˊ).
3.
On applique de nouveau le théorème du graphe fermé à S:X→Y (X,Y Banach). Soit xn→x dans X et Sxn→y dans Y.
Comme J est continu, J(Sxn)→J(y). D'autre part JS est borné donc continu, et xn→x entraîne JS(xn)→JS(x)=J(Sx). Par unicité de la limite,
J(y)=J(Sx)⟹J(y−Sx)=0.
J étant injectif, y=Sx, donc (x,y)∈Gr(S) : le graphe de S est fermé. Par le théorème du graphe fermé, S est borné.
Sest borneˊ.
التمرين 3
Exercice 3 — Mouvement brownien et martingale exponentielle
Soit {Bt}t≥0 un mouvement brownien standard construit sur l'espace probabilisé filtré (Ω,F,Ft,P).
Soit X une variable aléatoire normale centrée de variance σ2. Montrer que E(eX)=eσ2/2.
Soit h:[0,T]→R une fonction (déterministe). Pour t∈[0,T], on pose Yt=∫0th(s)dBs.
a. Calculer E(Yt) et var(Yt) ; on précisera les hypothèses faites sur h.
b. Montrer que Mt=exp(Yt−21∫0th2(s)ds) est une martingale.
c. Démontrer l'inégalité suivante : pour tout α>0, P{sup0≤s≤tYs>α}≤exp(−2g(t)α2), où g(t)=∫0th2(s)ds.
◀الحل
1.
X∼N(0,σ2) admet la densité σ2π1e−x2/(2σ2). Donc
E(eX)=∫Rσ2π1exp(x−2σ2x2)dx.
En complétant le carré, x−2σ2x2=−2σ21(x−σ2)2+2σ2, d'où
E(eX)=eσ2/2∫Rσ2π1e−(x−σ2)2/(2σ2)dx=eσ2/2.
E(eX)=eσ2/2
a.
On suppose h∈L2([0,T]), i.e. ∫0th2(s)ds<+∞. Alors Yt est une intégrale de Wiener : c'est une variable gaussienne. Par les propriétés de l'intégrale d'Itô d'un intégrand déterministe,
E(Yt)=0,var(Yt)=E(Yt2)=∫0th2(s)ds=g(t)
(la seconde égalité est l'isométrie d'Itô). Ainsi Yt∼N(0,g(t)).
E(Yt)=0,var(Yt)=∫0th2(s)ds
b.
(Mt) est adapté (car Yt l'est) et intégrable : E(Mt)=e−g(t)/2E(eYt)=e−g(t)/2eg(t)/2=1 (question 1 avec σ2=g(t)).
Soit 0≤s≤t. L'accroissement Yt−Ys=∫sthdB est indépendant de Fs et suit N(0,g(t)−g(s)). On écrit
Mt=Msexp((Yt−Ys)−21(g(t)−g(s))).
En conditionnant, comme Ms est Fs-mesurable et l'accroissement est indépendant de Fs,