Concours de Doctorat 2025 — Analyse mathématiques, Variante 3 (08/02/2025)
التمرين 1
Régularité de $f(x,y) = \dfrac{x^\alpha y^\beta}{\sqrt{x^2-xy+y^2}}$ selon $\alpha,\beta$
#fonctions de plusieurs variables#dérivée directionnelle#continuité#différentiabilité#homogénéité
Soient α,β∈N∗. On définit sur R2∖{(0,0)} :
f(x,y)=x2−xy+y2xαyβ,f(0,0)=0.
Montrer que x2−xy+y2≥2x2+y2 pour tous x,y∈R (on pourra utiliser 2∣xy∣≤x2+y2), et en déduire une majoration de ∣f(x,y)∣ par 2(x2+y2)(α+β−1)/2.
Montrer que f est continue en (0,0) pour tout α,β∈N∗.
Calculer la limite de f(t,t)/t quand t→0 suivant les valeurs de α+β, et en déduire pour quelles valeurs de α+β la dérivée directionnelle Dvf(0,0) (dans la direction v=(1,1)) existe.
Montrer que f est différentiable en (0,0) si et seulement si α+β≥3.
Remarque : Le cas critique α=β=1 (i.e. f(x,y)=x2−xy+y2xy) est l'exemple type de fonction continue, possédant des dérivées partielles, mais non différentiable à l'origine — la non-existence de certaines dérivées directionnelles hors des axes en est la signature.
◀الحل
1. Inégalité et majoration de f
Comme 2∣xy∣≤x2+y2 (inégalité arithmético-géométrique), on a −xy≥−2x2+y2, donc :
x2−xy+y2≥x2+y2−2x2+y2=2x2+y2.
x2−xy+y2≥2x2+y2.
Par conséquent, x2−xy+y2≥2x2+y2, et comme ∣x∣,∣y∣≤x2+y2=:r :
Plus simplement, pour t>0 : tf(t,t)=t⋅ttα+β=tα+β−2.
Si α+β>2 (i.e. α+β≥3) : tα+β−2→0 quand t→0.
Si α+β=2 (i.e. α=β=1) : t0=1, la limite à droite vaut 1 mais à gauche (t<0, ∣t∣=−t) : tf(t,t)=t⋅(−t)t2=−1 : les limites à droite et à gauche diffèrent, la limite n'existe pas.
Dvf(0,0) existe⟺α+β≥3, auquel cas Dvf(0,0)=0.
Pour α=β=1, Dvf(0,0)n'existe pas.
4. Différentiabilité en (0,0)
Cas α+β≥3 : d'après la majoration de 1., x2+y2∣f(x,y)∣≤2rα+β−2→0 quand r→0 (car α+β−2≥1>0). Comme les dérivées partielles en (0,0) sont nulles (même calcul que pour Dvf avec v=(1,0) ou (0,1), qui donnent 0 car f(t,0)=f(0,t)=0), ceci montre exactement la différentiabilité avec df(0,0)=0 :
f est diffeˊrentiable en (0,0) si α+β≥3.
Cas α=β=1 (i.e. α+β=2) : on vient de montrer que Dvf(0,0) n'existe pas pour v=(1,1). Or si f était différentiable en (0,0), toutes les dérivées directionnelles existeraient (et vaudraient df(0,0)⋅v). Contradiction :
f n’est pas diffeˊrentiable en (0,0) si α+β=2(α=β=1).
Combinant les deux cas (le cas α+β=2 étant le seul possible avec α,β≥1 en dehors de α+β≥3) :
f est diffeˊrentiable en (0,0)⟺α+β≥3.
التمرين 2
Théorème de convergence dominée : application et contre-exemple sans domination
#théorie de la mesure#convergence dominée#intégrale de Lebesgue#mesure de Lebesgue
Énoncer le théorème de convergence dominée de Lebesgue.
Soit E={x∈R:∣cosx∣=1}. Montrer que E=πZ et que E est de mesure de Lebesgue nulle : λ(E)=0.
Soit f∈L1(R,λ). Montrer que :
limn→∞∫Rf(x)cosn(x)dλ(x)=0.
On pose fn=n11[0,n]. Montrer que fn→0 uniformément sur R, mais que ∫Rfndλ=1 pour tout n. Commenter au regard du théorème de convergence dominée.
Remarque : Ce contre-exemple classique ("masse qui s'échappe à l'infini") illustre pourquoi le théorème de convergence dominée ne se généralise pas à la seule convergence uniforme sur un espace de mesure infinie ; sur un espace de mesure finie, convergence uniforme impliquerait bien la convergence des intégrales.
◀الحل
1. Énoncé du théorème de convergence dominée
Théorème (Lebesgue) : Soit (gn) une suite de fonctions mesurables sur un espace mesuré (X,A,μ), convergeant μ-presque partout vers une fonction g. S'il existe h∈L1(μ) telle que ∣gn∣≤hμ-p.p. pour tout n, alors g∈L1(μ) et :
limn→∞∫Xgndμ=∫Xgdμ.
2. L'ensemble E={∣cosx∣=1}
∣cosx∣=1⟺cosx=±1⟺x∈πZ (les points où cos atteint ses valeurs extrêmes). Donc E=πZ={kπ:k∈Z}, un ensemble dénombrable. Tout ensemble dénombrable est de mesure de Lebesgue nulle (chaque singleton étant de mesure nulle et λ étant σ-additive) :
E=πZ,λ(E)=0.
3. Convergence vers 0
Pour x∈/E, ∣cosx∣<1, donc cosn(x)→0 quand n→∞ ; ainsi f(x)cosn(x)→0 pour presque tout x (i.e. λ-p.p., puisque λ(E)=0).
De plus, ∣f(x)cosn(x)∣≤∣f(x)∣ pour tout n et tout x, et ∣f∣∈L1(R) par hypothèse (domination indépendante de n). Le théorème de convergence dominée s'applique :
n→∞lim∫Rf(x)cosn(x)dλ(x)=∫R0dλ=0.
4. Contre-exemple sans domination uniforme
Convergence uniforme vers 0 :∥fn∥∞=supx∣fn(x)∣=n1→0, donc fn→0uniformément sur R.
Intégrale constante :
∫Rfndλ=n1⋅λ([0,n])=n1⋅n=1pour tout n.
∫Rfndλ=1→0=∫Rlimfndλ.
Commentaire : bien que fn→0 uniformément (donc a fortiori simplement et p.p.), on ne peut pas appliquer le théorème de convergence dominée ici, car il n'existe aucune fonction h∈L1(R) dominant uniformément tous les fn (le support de fn s'étale sur [0,n], de mesure croissante, et toute domination ponctuelle h≥supnfn hérite d'une masse infinie). Cet exemple montre que l'hypothèse de domination est essentielle dans le théorème de Lebesgue : la seule convergence uniforme (ou p.p.) ne suffit pas à permuter limite et intégrale sur un espace de mesure infinie.