Concours de Doctorat LMD en Probabilités, Statistiques et Applications, épreuve de Probabilités (Sujet 1), Département de Probabilités et Statistique, Faculté des Mathématiques, Université des Sciences et de la Technologie Houari Boumediène (USTHB), Alger, 3 novembre 2016, durée 2 heures.
التمرين 1
Exercice 1 — Vrai/Faux (Markov, brownien, AR(1)) et martingale de l'espérance conditionnelle
A/ Les affirmations suivantes sont-elles vraies ou fausses ? Justifier chaque réponse et, lorsque l'affirmation est fausse, donner l'affirmation correcte.
Une chaîne de Markov homogène ayant une distribution stationnaire unique peut posséder des états transitoires.
Si {Wt}t≥0 est un mouvement brownien standard, alors sa variance est V(Wt)=t2.
L'espérance d'un processus autorégressif AR(1) Xt=ϕ0+ϕ1Xt−1+ϵt, avec ∣ϕ1∣<1 et ϵt un bruit blanc centré, est égale à ϕ0+ϕ1.
Le temps de séjour d'une chaîne de Markov à temps continu dans un état suit une loi exponentielle.
B/ Soit (Ω,F,P) un espace probabilisé et X une variable aléatoire intégrable (E(∣X∣)<∞) de densité fX.
Soit Y une variable aléatoire de loi exponentielle E(λ), indépendante de X, et fX∗(s), s≥0, la transformée de Laplace de X. Calculer P(Y>X).
Soit {An}n une filtration sur (Ω,F,P) (Ak⊂Ak+1) et Yn=E(X∣An). Montrer que le processus {Yn}n est une martingale. (Si An est engendrée par une suite {ξn}n, on peut écrire E(X∣An)=E(X∣ξ1,…,ξn).)
◀الحل
A. 1.
Vrai. Une loi stationnaire unique peut ne charger qu'une classe récurrente positive et donner une masse nulle à des états transitoires qui y mènent. Exemple : 0→{1,2} avec {1,2} récurrente positive ; π=(0,π1,π2) est l'unique loi stationnaire et l'état 0 est transitoire.
A. 2.
Faux. Pour un mouvement brownien standard, Wt∼N(0,t), donc
V(Wt)=t
et non t2.
A. 3.
Faux. En régime stationnaire (∣ϕ1∣<1), E[Xt]=m est constante ; en prenant l'espérance et comme E[ϵt]=0, m=ϕ0+ϕ1m, d'où
E[Xt]=1−ϕ1ϕ0
et non ϕ0+ϕ1.
A. 4.
Vrai. Par absence de mémoire de la chaîne à temps continu, le temps de séjour dans un état i vérifie P(Ti>s+u∣Ti>s)=P(Ti>u) ; la seule loi continue sans mémoire est l'exponentielle : Ti∼E(qi) avec qi=−qii.
B. 1.
Par indépendance, en conditionnant par X=x et comme P(Y>x)=e−λx pour x≥0,
Soit une chaîne de Markov homogène à trois états (notés 1, 2 et 3) de matrice de transition
P=01−p−q4331p4132q0,p+q≤1,p,q≥0.
Pour quelles valeurs de p et q cette chaîne est-elle irréductible ? Quelle condition supplémentaire assure l'existence d'une distribution stationnaire ?
Étudier la périodicité de la chaîne selon les valeurs de p et q.
On pose q=0. En supposant qu'initialement le processus est dans l'état 1, calculer la probabilité de revenir dans l'état 1 : si p=1 ; si p=1. Quelle est, dans les deux cas, la nature de l'état 1 (transitoire, récurrent) ?
On suppose q=0 et p=1. Calculer le nombre moyen de passages par l'état 3 partant de l'état 1.
Déterminer la distribution stationnaire en fonction de p et q.
◀الحل
1.
Les transitions toujours présentes sont 1→2, 1→3, 3→1, 3→2 : ainsi 1 et 3 communiquent et atteignent 2. Il reste que l'état 2 puisse ressortir. Depuis 2 : vers 1 avec probabilité 1−p−q, vers 3 avec q, et reste en 2 avec p. L'état 2 est absorbant si et seulement si p=1 (alors q=0 et 1−p−q=0). Si p<1, alors (1−p−q)+q=1−p>0, donc 2 atteint 1 ou 3, puis tout l'espace. Donc
la chaıˆne est irreˊductible⟺p<1(p=1).
Condition supplémentaire : l'espace d'états étant fini, une chaîne irréductible y est automatiquement récurrente positive ; il existe alors une unique distribution stationnaire. (Finitude + irréductibilité ⇒ récurrence positive.)
2.
L'état 1 revient en 2 pas via 1→3→1 (car P13P31=32⋅43>0). Il existe aussi un retour de longueur 3 :
si q>0 : 1→2→3→1 ;
si q=0 (et p<1, donc 1−p>0) : 1→3→2→1.
Dans tous les cas où la chaîne est irréductible (p<1), il existe des retours de longueurs 2 et 3, donc d(1)=gcd(2,3)=1 :
la chaıˆne est apeˊriodique pour toutes les valeurs (p,q) qui la rendent irreˊductible (p<1).
(Si de plus p>0, la boucle 2→2 rend directement l'état 2 apériodique.)
3.
Avec q=0, la matrice devient P=01−p4331p413200.
Cas p=1 : l'état 2 est absorbant. Depuis 1 : vers 2 (prob 31, jamais de retour) ou vers 3 (prob 32). Depuis 3 : vers 1 (prob 43, retour) ou vers 2 (prob 41, absorption). Donc
f1=P(retour en 1)=31⋅0+32⋅43=21<1.
p=1:f1=21,l’eˊtat 1 est transitoire.
Cas p=1 : la chaîne est irréductible et finie, donc récurrente positive :
p=1:f1=1,l’eˊtat 1 est reˊcurrent (positif).
4.
Avec q=0, p=1, les états transitoires sont {1,3} (état 2 absorbant). La sous-matrice des transitions entre états transitoires (ordre 1,3) est
Donner une définition formelle d'un processus de Poisson {N(t),t≥0} de taux λ.
Soient {N1(t),t≥0} et {N2(t),t≥0} deux processus de Poisson indépendants de taux respectifs λ1 et λ2, et N(t)=N1(t)+N2(t) le processus mélange. Montrer que {N(t),t≥0} est un processus de Poisson de taux λ1+λ2.
Un magasin possède un stock de Q1 unités d'un produit 1 et Q2 unités d'un produit 2. Les deux produits sont retirés de la production et ne peuvent plus être réapprovisionnés. Les clients demandant le produit 1 arrivent selon un processus de Poisson de taux λ1 ; indépendamment, ceux demandant le produit 2 arrivent selon un processus de Poisson de taux λ2. Chaque client demande une unité du produit concerné. Les deux produits servent de substitut l'un à l'autre : si un client demande un produit épuisé, il est satisfait avec l'autre produit lorsque celui-ci est disponible.
a. Quelle est la loi du temps nécessaire à l'épuisement total du stock des deux produits ?
b. Quelle est la probabilité que le stock du produit 1 soit épuisé avant celui du produit 2 ?
B. Soit le processus stochastique {X(t),t≥0} défini par
X(t)=∑i=1N(t)Di,(1)
où {N(t),t≥0} est un processus de Poisson de taux λ et {Di}i≥1 une suite de variables aléatoires i.i.d. positives, indépendante de {N(t)} et de moyenne finie μ.
Calculer E[X(t)] en fonction de λ et μ (les Di étant discrètes).
On suppose les Di discrètes, de loi aj=P(D1=j), j=0,1,…, et de fonction génératrice A(z). Pour t≥0, on pose rj(t)=P(X(t)=j) et R(z,t)=∑j=0∞rj(t)zj, ∣z∣≤1. Montrer que R(z,t)=e−λt[1−A(z)].
◀الحل
A. 1.
{N(t),t≥0} est un processus de Poisson de taux λ>0 si c'est un processus de comptage vérifiant :
N(0)=0 ;
N est à accroissements indépendants ;
pour tous 0≤s<t, N(t)−N(s) suit une loi de Poisson de paramètre λ(t−s) (accroissements stationnaires).
De façon équivalente (définition infinitésimale) : N(0)=0, accroissements indépendants et stationnaires, P(N(h)=1)=λh+o(h) et P(N(h)≥2)=o(h) quand h→0+.
A. 2.
Vérifions les axiomes pour N=N1+N2.
N(0)=N1(0)+N2(0)=0.
Comme N1 et N2 sont chacun à accroissements indépendants et sont mutuellement indépendants, N est à accroissements indépendants.
Pour 0≤s<t, N(t)−N(s)=(N1(t)−N1(s))+(N2(t)−N2(s)) est la somme de deux variables indépendantes de lois P(λ1(t−s)) et P(λ2(t−s)).
La somme de deux lois de Poisson indépendantes est une loi de Poisson de paramètre la somme, ce que confirme la fonction génératrice :
{N(t)} est un processus de Poisson de taux λ1+λ2.
A. 3. a.
Grâce à la substitution, chaque client — quel que soit le produit demandé — consomme exactement une unité du stock total tant qu'il reste au moins une unité (les deux produits confondus). Les demandes, tous produits confondus, arrivent selon le processus mélange de taux λ1+λ2 (question A.2). L'épuisement total survient à l'instant de la (Q1+Q2)-ème arrivée de ce processus, c'est-à-dire une somme de Q1+Q2 temps d'inter-arrivée exponentiels indépendants de taux λ1+λ2 :
Tant qu'aucun des deux stocks n'est épuisé, aucune substitution n'a lieu : le produit 1 ne décroît que par les demandes de type 1, et le produit 2 par celles de type 2. Le produit 1 est épuisé avant le produit 2 si et seulement si la Q1-ème arrivée de type 1 précède la Q2-ème arrivée de type 2.
Dans le processus mélange, chaque arrivée est de type 1 avec probabilité p=λ1+λ2λ1 (et de type 2 avec probabilité 1−p), indépendamment. Le produit 1 s'épuise le premier si et seulement si, parmi les Q1+Q2−1 premières arrivées, on compte au moins Q1 arrivées de type 1. D'où
P(produit 1 eˊpuiseˊ avant produit 2)=k=Q1∑Q1+Q2−1(kQ1+Q2−1)pk(1−p)Q1+Q2−1−k,p=λ1+λ2λ1.
B. 1.
X(t) est un processus de Poisson composé. En conditionnant par N(t) et par indépendance (identité de Wald) :
E[X(t)]=E[∑i=1N(t)Di]=E[N(t)]E[D1]=λt⋅μ,
soit
E[X(t)]=λμt.
B. 2.
R(z,t)=E[zX(t)]. En conditionnant par N(t)=n, comme les Di sont i.i.d. de fonction génératrice A(z) et indépendantes de N,