Soient E un espace vectoriel de dimension n et f∈L(E). Montrer que les deux assertions qui suivent sont équivalentes :
a) kerf=Imf.
b) f∘f=0 et n=2rg(f).
Soient E et F deux espaces vectoriels de dimensions respectives n et p, et f∈L(E,F). Montrer que :
a) Si n<p, alors f n'est pas surjective.
b) Si n>p, alors f n'est pas injective.
Cette équivalence caractérise les endomorphismes «nilpotents de rang maximal» : kerf=Imf signifie que f est un opérateur nilpotent d'indice 2 dont le noyau et l'image coïncident. Exemple typique : f=(00Ir0) en blocs r×r avec n=2r.
◀الحل
(a)⇒(b) : kerf=Imf⇒∀x,f(x)∈kerf⇒f(f(x))=0, donc f∘f=0. Théorème du rang : dimkerf+rg(f)=n ; comme kerf=Imf, dimkerf=rg(f), donc n=2rg(f).
(b)⇒(a) : f∘f=0⇒Imf⊆kerf. De plus dimkerf=n−rg(f)=2rg(f)−rg(f)=rg(f)=dimImf. Une inclusion avec dimensions égales est une égalité : Imf=kerf.
a) rg(f)≤min(n,p)=n<p=dimF, donc Imf⊊F, f n'est pas surjective.
b) Par le théorème du rang, dimkerf=n−rg(f)≥n−p>0, donc kerf={0}, f n'est pas injective.
التمرين 2
Exercice 2 (Sétif 2022) — Base de $U$, $V$, $U\cap V$ dans $\mathbb{R}_4[t]$
E=R4[t] l'espace des polynômes p(t) de degré au plus 4.
U={p∈E∣p(1)=0}.
V=Vect{v1(t),v2(t),v3(t),v4(t)} où v1(t)=1+t2−t3, v2(t)=t+t3, v3(t)=t2, v4(t)=1+t+t2.
Déterminer une base de U et une base de V.
Trouver une base de U∩V.
Est-il vrai que U+V=E ? (Justifier la réponse).
Méthode classique : pour U∩V, paramétrer V et imposer les équations définissant U. La formule de Grassmann permet de conclure sans construire explicitement une base de U+V.
◀الحل
E de dimension 5 avec base canonique (1,t,t2,t3,t4).
Base de U : U est l'hyperplan noyau de la forme linéaire p↦p(1). dimU=4. Une base commode : (t−1,t2−1,t3−1,t4−1) (car chacun s'annule en 1 et ils sont indépendants).
Base de V : Écrire vi dans la base canonique et échelonner. Coordonnées en (1,t,t2,t3,t4) :
v1=(1,0,1,−1,0), v2=(0,1,0,1,0), v3=(0,0,1,0,0), v4=(1,1,1,0,0).
On vérifie l'indépendance : v4−v1=(0,1,0,1,0)=v2, donc v4=v1+v2 : les 4 vecteurs sont dépendants. Base de V : (v1,v2,v3) (vérifier indépendance par calcul de déterminant 3×3 non nul après extraction : non nul). Donc dimV=3.
Base de U∩V : éléments de V vérifiant p(1)=0. Un p=αv1+βv2+γv3∈V : p(1)=α⋅1+β⋅2+γ⋅1=α+2β+γ. Condition : α+2β+γ=0. C'est une équation linéaire sur (α,β,γ), donnant dimU∩V=2. Base : α=1,γ=−1,β=0 donne p1=v1−v3=1−t3 ; α=2,β=−1,γ=0 donne p2=2v1−v2=2+2t2−2t3−t−t3=2−t+2t2−3t3. Base : (p1,p2).
Est-ce que U+V=E ? Par la formule de Grassmann : dim(U+V)=dimU+dimV−dim(U∩V)=4+3−2=5=dimE. Donc U+V=E.
التمرين 3
Exercice 3 (Sétif 2022) — Trigonalisation de la matrice $A$ $3\times 3$ et suites récurrentes
#matrices#valeurs propres#trigonalisation#puissances de matrice#suites récurrentes
On considère la matrice suivante :
A=321−10−1112
Déterminer les sous-espaces propres de A.
Montrer que A est trigonalisable mais non diagonalisable.
Trigonaliser la matrice A en donnant la réduite triangulaire T=λ100mλ1000λ2 où λ1,λ2 sont les valeurs propres distinctes de A et m un réel à déterminer.
Calculer Tn (n∈N∗). En déduire An (n∈N∗).
Soit (un),(vn),(wn) trois suites définies par leurs premiers termes u0,v0,w0 et les relations :
⎩⎨⎧un+1=3un−vn+wnvn+1=2un+wnwn+1=un−vn+2wnpour n≥0.
Donner le terme général des trois suites un,vn,wn en fonction de n.
Méthode standard de trigonalisation : (i) trouver valeurs propres et vecteurs propres, (ii) compléter avec vecteurs propres généralisés (résoudre (A−λI)u=v), (iii) construire la matrice de passage. Puissances de matrices triangulaires : décomposer T=D+N avec D diagonale et N strictement triangulaire (nilpotente), et DN=ND pour utiliser le binôme.
◀الحل
1-2. Valeurs propres.det(A−λI)=det3−λ21−1−λ−1112−λ. En développant : χA(λ)=−(λ−2)2(λ−1) (calcul standard). Donc valeurs propres : λ1=2 (double), λ2=1 (simple).
Sous-espace propre pour λ=2 : (A−2I)v=0, 121−1−2−1110v=0. Rang 2, donc noyau de dim 1 : v=(1,1,0)T. Dim géométrique 1 < multi algébrique 2, donc A non diagonalisable, mais trigonalisable sur R (spectre réel).
Sous-espace propre pour λ=1 : (A−I)v=0, 221−1−1−1111v=0. On trouve v=(0,1,1)T.
3. Trigonalisation. On cherche u tel que (A−2I)u=v (vecteur propre pour λ=2). 121−1−2−1110u=110. Une solution : u=(1,0,0)T. Base (v,u,w)=((1,1,0)T,(1,0,0)T,(0,1,1)T), on a Av=2v, Au=v+2u, Aw=w. Donc
T=200120001,m=1.
4. Puissances.T=D+N avec D=diag(2,2,1) et N nilpotente (N2=0), DN=ND. Donc
Tn=Dn+nDn−1N=2n00n⋅2n−12n0001.
Et An=PTnP−1 où P=(v∣u∣w) est la matrice de passage.
5. Suites. Le système s'écrit Xn+1=ATXn (attention à la convention : dépend de l'écriture matricielle du système). En fait ici un+1vn+1wn+1=Aunvnwn. Donc Xn=AnX0. En utilisant la trigonalisation et la formule pour Tn, on obtient un,vn,wn comme combinaisons de 2n,n⋅2n−1,1 avec des coefficients dépendant de u0,v0,w0 (via P et P−1).